Yuksek a séduit les clubbeurs du monde entier avec un son électro qui mélange un soupçon de techno, des breaks énervés, des montées acid psyché-rock, un flow hip-hop ici et là, et toujours une mélodie pop qui se tisse à travers chaque track sans fragiliser l'efficacité dancefloor générale. Après vous avoir présenté son dernier EP intitulé "Tonight" fin septembre, c'est avec beaucoup de plaisir que nous vous annonçons la sortie de son dernier album "Away from the see" qui sortira le 2 février. En attendant, découvrez sa bio et le clip de "Tonight" dans la suite !
Bio express
Deux ou trois fois par semaine, Yuksek reçoit sur son myspace un mail d'Istanbul ou Ankara l'informant que « hey tu sais pas ? Yuksek veut dire « la hauteur » en turc ! ». Non, Pierre-Alexandre Busson ne le savait pas lorsqu'il choisit ce nom à l'instinct il y a quatre ans, parce qu'il en aime le son et cherche à prendre le contre-pied de la vogue des pseudonymes à l'anglo-saxonne. Bien vu : ces dernières saisons, Yuksek se voit auréolé crescendo d'une rumeur élogieuse.
Normal : d'abord abrité par le label de Birdy Nam Nam et plébiscité par les blogs, Yuksek est l'auteur de remix abrasifs et brillants des tubes de Mika, Kaiser Chiefs, Ghosface Killah (du Wu Tang Clan), Booba ou White Lies. Il est aussi l'architecte de lives fiévreux où, balançant souplement sa silhouette longiligne de son synthé vintage à sa console d'effet, il met littéralement K.O les foules des clubs et des festivals. C'est enfin un musicien stylé qui s'apprête à lâcher un premier album serti de futurs hymnes dansants intitulés « Tonight », « Extraball » ou « I Like To Play ». Qui bizarrement est tout sauf un clubber. Mais alors, qui se cache derrière Yuksek ?
Un jeune homme né en 1977, qui occupe son adolescence à bosser le piano plusieurs heures par jour au Conservatoire jusqu'au moment où, réalisant « qu'un job de prof de musique m'attendait », il se dit qu'il doit bien y avoir une autre carte à jouer. Ce fan de pop biberonné aux Beatles et à Gainsbourg, exalté par les premiers rap West Coast de NWA ou De La Soul et, surtout, électrisé au début des années lycées par le « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana — véritable fil rouge qui l'amènera à élire le « Transformer » de Lou Reed au rang de « sommet inégalé de la musique moderne ». C'est enfin un garçon intrépide qui, à 17 ans, décide de lâcher ses études pour se lancer à l'aventure.
Et va ainsi, au fil des années, s'imposer comme l'un des piliers de la scène pop rémoise qui, de The Bewitched Hands (auteur de la jouissive cover à guitare de « Tonight » en hidden track) à Alb en passant par Brodinski & The Shoes, éclot ces jours-ci. Yuksek joue de la basse et compose au sein du combo electrorock Klanguage. Se passionne très vite pour l'art de fabriquer le son — qu'il s'agisse des arrangements des Beach Boys, du jeu de clavier de Ray Manzarek ou des productions de David Bowie —, ce qui le mène aujourd'hui à produire les prochains albums de Birdy Nam Nam ou des Bewitched. Et puisque l'aventure commence à la fin du siècle dernier, Yuksek fini tout naturellement par se brancher sur l'électro : « par rapport au surcodage de la pop, c'était un espace de liberté » se souvient ce fan des productions Warp. « Ce qui était génial, c'est qu'un Aphex Twin pouvait sortir « Windowlicker » puis, la semaine d'après, un morceau barré expérimental ».
Dispersé Yuksek ? Au contraire. Ce qui frappe à l'écoute d' « Away from the sea », c'est justement la belle cohérence qu'il a su imprimer à son parcours. Avec un naturel déconcertant, il s'entend à marier le hook pop et l'efficacité dansante, riffs postpunk et ondes acides, un groove disco et des arabesques expérimentales, beats house et envolée mélodique catchy. Dans un même élan, il évoque aussi bien les Pixies que Scissor Sisters, Squarepusher ou Giorgio Moroder, Mirwaïs ou les Daft Punk. Invite au micro pour son album la rapeuse Amanda Blank (des Spank Rock), le duo electrofunk Chromeo, les psychéfolk The Bewitched Hands ou les dancerocker de Shit disco. Et nous offre ainsi un album certes électronique dans la forme mais qui, dans le fond, à les allures d'un véritable manifeste pop — cf l'impeccable sens du songwriting dévoilé par « So far away from the Sea », « Freak'o'Rocker » ou « A Certain life ». Bref, Yuksek, c'est le dernier update d'une génération décomplexée par la touche « shuffle » de son iPod — celle qui vous fait passer sans prévenir, disons, d'un rock garage à une torch song mélancolique, d'une valse de Chopin à un tube hip-hop. Un musicien terriblement post-schizophrénique en somme.
Le secret de l'équilibre jubilatoire de ses morceaux si riches ? Il n'est pas seulement dû à son savoir- faire virtuose — qui lui permet d'enregistrer en analogique ses lignes de basses et ses progressions harmoniques, et de trouver instantanément le moindre accord tordu qui lui passe par la tête. Mais, d'abord, à un tempérament très spontané : « Je compose de façon hyper instinctive », constate-t-il. « Je ne réfléchis jamais à ce que je vais faire avant de rentrer dans mon studio. Je travaille vite et me laisse simplement guider par mon humeur ».
Voilà comment, cloîtré « so far away from the sea » dans son studio installé à un deuxième sous-sol et privé de connexion internet ou de signal GSM, Yuksek laisse ses morceaux se déployer à la façon de mini épopées, avec un art de l'effet retorse, de la montagne russe sensorielle et du décrochage jouissif. « J'aime qu'il se passe toujours quelque chose dans un morceau », concède-t-il avant d'hasarder : « peut-être est-ce la peur du vide ? »
C'est ainsi que Yuksek se retrouve en héraut d'une culture club discorock post Soulwax / Justice : cultivée et astucieuse, mariant puissance sonique et sensibilité, images sexy et impromptus bruitistes. Ou pour le dire autrement : brouillant la frontière entre hyper et surréalisme — à l'image des romans de Kafka, des films de Lynch ou des photographies de Gregory Crewdson qu'il aime et qui disent toujours autre chose que ce qu'ils semblent nous raconter de prime abord. Où l'on comprend que « Tonight » se joue des clichés de la nuit plus qu'il n'en joue.
Signé en France par Sound of Barclay, c'est d'ailleurs un label plutôt pop (le label historique Fiction des Cure où se côtoient Whites Lies, Snow Patrol, Yeah Yeah Yeahs et Kate Nash) qui en Angleterre publiera l'album.
Et voilà pourquoi Yuksek ne devrait pas tarder en cet an 09 à prendre brusquement de « la hauteur » comme disent ses nouveaux friends turcs. Ce qui, en bon anglais donne : « going on top ».
A booker
http://www.myspace.com/yuksek
http://www.awayfromthesea.com
http://feeds.feedburner.com/Yuksek
mais pourquoi cet engouement ? c’est quand meme etrange que l’on soit à chaque article sur lui obligé de bien appuyer le fait qu’il faisait enormement de piano (donc que c’est un vrai musicien), comme si sa musique ne reussissait pas à se justifier par elle-meme. Il repete aussi à longueur d’interview qu’il ne supporte pas qu’il ne se passe pas quelque chose de different toute les trois mesures, et qu’il lui faut de la melodie, tout à fait d’accord. Mais elles sont sont où les mélodies ? oui tonight commence bien les 30 premiers secondes, mais apres ? que vient faire cette montée chromatique en milieu de morceau ? et le clip ? Il a beau etre un detracteur de Justice, peut-etre devrait-t-il reecouter un peu plus attentivement ce qu’ils font et regarder leurs clip. C’est quand meme etrange que le clip de D.A.N.C.E est reçu un prix… a-t-il écouté la ligne basse de D.A.N.C.E ? la melodie de la seconde moitié de « let there be light » ? les melodies de « Phantom part II » ? les mélodies de « one minute to midnight » ? pour ne citer que quelques exemples.
Peut-etre aussi serait-t-il bon d’ecouter le dernier album de shinichi osawa. « underground » de Das Pop pour les mélodies. Oui il sait faire de la musique, et il dechaine surement les dancefloor, mais : »Le secret de l’équilibre jubilatoire de ses morceaux si riches[...] » et apres « [...]son savoir- faire virtuose[...]« , est-ce bien raisonnable ?
Ca fait longtemps que je l’attendais cet album. Il est dors et déjà disponible sur les plate-formes de téléchargement légal.
Je me le suis procuré, il est délicieux :)
Et félicitation au passage pour la qualité rédactionnelle de l’article au passage.
oui la qualité redactionnelle est tres bonne. Mais cela permet-t-il à la musique d’etre bonne ?
Ne mélange pas tout voyons.